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20/08/2008
Cameroun
L’université en question
  
 
   

Un demi siècle après l’indépendance du pays, le Cameroun cherche toujours sa voie dans le domaine universitaire. Un domaine miné par les effectifs pléthoriques, entre autres maux, écartelé entre le système francophone et le système anglophone, en quête de repères culturels.

Un peu plus d’un quart de siècle que Louis NDJETCHIEU enseigne à l’Université. A 51 ans, ce brillant esprit est un pur produit de l’université mère de Yaoundé, dont furent issues dans les années 90 les quatre autres universités d’Etat de Buea, de Ngaoundéré, de Dschang et de Douala où il exerce. D’après cet enseignant des sciences de gestion, l’université camerounaise fait face comme il y a 20 ans, à un problème d’effectif pléthorique :
« Dans nos amphis, on a facilement deux mille à quatre mille étudiants. Ce qui pose le problème de ratio d’encadrement. Et dans une faculté comme la notre, nous avons près de douze mille étudiants avec moins de soixante enseignants »

Dans ce contexte, les enseignants font appel aux étudiants de doctorat pour les assister. Et le bas blesse parce que, selon des enseignants titulaires, nombre de ces doctorants n’auraient pas toujours le meilleur niveau. Bien plus, l’équation de l’encadrement est si difficile que les enseignants vont négocier des espaces au-delà du campus universitaire, notamment dans les écoles primaires, les collèges, les lycées et même dans les entreprises, pour recaser les étudiants afin de décongestionner le campus universitaire. Mais quoiqu’il en soit, les enseignants affirment que la pénibilité de leur travail est accentuée pendant les périodes d’examen. Guy Parfait Songue, jeune enseignant de sciences politiques à l’université de Douala :
« Tous les enseignants souffrent au moment des corrections. C’est la phase la plus pénible. C’est là où on commence vraiment à subir les effets des gros effectifs que nous gérons. Mais en dehors de ça, le cours magistral est une souffrance, qu’on en ait conscience où pas. Les évaluations représentent aussi un moment de dépense d’énergie, qu’on en ait conscience ou pas ».

D’avis général dans les milieux universitaires au Cameroun, on reconnaît l’inadéquation entre le contenu des enseignements et les besoins du monde professionnel. Cette inadéquation formation – emploi, selon certains, trouverait ses fondements dans la création des premières universités africaines qui avaient pour vocation au lendemain des indépendances, à former plus les cadres administratifs que les agents techniques. Louis NDJETCHIEU préconise donc ce dosage :
« On doit former les gens à s’auto employer. On doit former les gens à des métiers. Mais ce n’est pas la vocation première de l’université, parce que l’université aussi doit faire la recherche fondamentale. Donc aujourd’hui, les universités africaines doivent faire un dosage entre la recherche fondamentale et la professionnalisation. »

D’aucuns en appellent dans les enseignements à un contenu africain qui intégrerait les langues et les cultures africaines. Car il faut reconnaître qu’au Cameroun, aucune langue nationale n’est enseignée à l’université, même si des efforts sont observables au niveau de certains établissements du secondaire et de quelques institutions parascolaires. Guy Parfait Songue :
« Je pense que nous devons avoir des programmes qui forment des leaders, qui reconstruisent le leadership en Afrique, et qui priorisent, sur toutes les autres formes d’enseignement, la réappropriation du potentiel africain, de l’identité africaine, mais surtout d’un leadership africain par rapport à l’ordre du monde, ça c’est très important aujourd’hui. Si nous continuons à enseigner de manière plate juste ce qu’on a appris, sans nécessairement comprendre que les grands maîtres ne sont pas ceux qui enseignent ce qu’ils ont appris, mais enseignent ce qu’ils sont, on ne pourra pas innover, on ne pourra pas apporter quelque chose de spécial à ces enfants qui parfois n’ont pas de repère.»

La question des repères culturels se pose avec acuité au sein de l’université camerounaise. Une université plurielle, qui hier était la chasse gardée de l’Etat, mais qui intègre depuis quelques années des universités privées confessionnelles et des universités privées laïques. Des universités de plus en plus écartelées entre le système anglo-saxon et le système francophone, dans un Cameroun qui a fait du bilinguisme une fierté historique et un enjeu dans ce contexte de la mondialisation.


  
Date :  07/09/2011
Auteur :  Henri FOTSO
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 

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