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◊  ACTUALITE > Politique > → MARTIAL BISSOG : « JE CONVOQUE UNE CONFERENCE INTERNATIONALE SUR LE CAMEROUN »

Barak Obama, l’ancien chef d’Etat américain voit en Martial Bissog un grand influenceur mondial.

Il est l’un des rares auteurs camerounais de « best-sellers » : « L’Afrique et son cancer du colon » sorti aux Editions Doxa en France le 1er septembre 2015. Son jeune âge est le paradoxe de ses grandes ambitions dans un petit où le rêve fout le camp, chaque jour un peu plus. Martial Bissog est un homme éclectique, mais il est surtout un professionnel des médias, un intellectuel, et un politique, qui a su s’imposer dans la jungle camerounaise. Nombreux sont ceux qui l’ont cru démissionnaire ou exilé, après son projet avorté de la présidentielle 2018. Mais l’Agence africaine d’information et de communication (AIC) vient de le retrouver dans son antre parisien d’où il dit fourbir ses armes au nom de la patrie. Martial Bissog, face au chaos qui guette le Cameroun, se sent incarner une prophétie du leader nationaliste martyr camerounais Ruben Um Nyobe.

Agence AIC : Martial Bissog, comment vous êtes- vous réveillé aujourd’hui ?

Martial Bissog : Je me suis très bien réveillé, comme toujours. D’ailleurs, une des règles de la vie, c’est de toujours se coucher avec le doute et se lever avec la certitude que tout ira à merveille.

AIC : Monsieur Bissog, vous avez disparu de la circulation au Cameroun depuis 2018 alors que vous vous étiez annoncé trois ans plus tôt candidat à la présidentielle, finalement passée sans vous. Pourquoi avoir quitté le Cameroun, apparemment de manière brusquée ?

M.B : Effectivement, j’étais le premier candidat déclaré. J’avais une vraie vision pour mon peuple et un vrai projet. Mais après, j’ai compris qu’on ne mène pas des combats qu’on est sur de ne pas gagner. La prochaine échéance sera capitale pour nous et le pays. Ce sera le rendez-vous de la vraie destinée du Cameroun. Le système en place était confortablement installé en réalité, tous les autres étaient de bons animateurs de la galerie, à l’exception d’un. Conclusion : rien n’a changé, le contribuable a perdu 200 milliards dans cette élection banale et on en sort avec une paix sociale quasi chimérique, un climat des affaires infesté !

AIC : Où vous trouvez-vous en ce moment et que faites-vous ?

M.B : Je tiens à préciser que je suis viscéralement camerounais et doublement seigneur chez moi. Un seigneur ne fuit pas, il porte sur lui le destin de millions de concitoyens. Je suis en ce moment entre Paris et Genève. Je finalise la sortie officielle de mon best-seller mondial : "Partir comme on est venu", une réflexion poussée sur notre but ultime sur la terre, et l’héritage qu’on laissera à nos enfants, une analyse sur le nouveau pays. Et en plus je suis désigné par un club du président Obama comme étant un des grands influenceurs du monde. C’est pourquoi je donne des conférences à travers le monde.

AIC : Il nous semble, Monsieur Bossog, que vous êtes très remonté contre le Cameroun. Qu’est-ce qui vous fâche au sujet du Cameroun ?

M.B : Non du tout, je ne suis pas un aigri, encore moins un épidermique colérique. Il faut savoir élever la pensée, et anticiper pour demain. C’est vrai que la situation au Cameroun est symptomatique de la défaite collective de l’intelligence. Mais nous devons absolument revoir notre manière d’appréhender le monde. Je prends acte de la défaite de nos aînés. Je fais mien le combat de la libération pour demain.

Martial Bissog appelle à une Conférence internationale sur le Cameroun, et se dit engagé à l’organiser.

AIC : Quelle est la dernière actualité du Cameroun qui vous ferait une UNE si vous étiez Rédacteur-en-chef ou directeur de publication d’un journal ?

M.B : La crise au NOSO (Nord-Ouest et Sud-Ouest du Cameroun, Ndlr). Je vois mon pays en lambeaux tomber, notre incapacité à régler définitivement ce problème.

AIC : Parlant de la situation du Cameroun, comment peut-on comprendre le renforcement des capacités des rebelles sécessionnistes observés ces derniers temps dans le Nord-Ouest et le Sud-Ouest, avec des armes sophistiquées ?

M.B. : Nous sommes insincères. Ce pays a été bâti sur du mensonge, et le mensonge d’Etat ne saurait être un projet encore moins un programme politique. On n’en sort pas depuis les indépendances. Nous sommes devenus un pays diabétique, le sang économique n’irrigue plus bien les artères. Conclusion : on est en train d’amputer les jambes au Noso... Le dialogue permet souvent de désamorcer les bombes, sinon après on passe justement des bombes artisanales aux bombes à défragmentation. Les groupes armés apprennent vite, jouissent de la maîtrise du terrain, et du capital sympathie des populations qu’ils prétendent défendre, même si cela reste à prouver ... Il faut une bonne dose d’humilité, de grandeur, pour imposer une figure tutélaire qui va donner le cap.

AIC : Dans cette guerre dans le Cameroun anglophone, des milliers de personnes sont déplacées dans des zones impossibles d’accès aux agents humanitaires. Qu’est-ce que cette situation vous inspire ?

M.B : J’ai les larmes aux yeux, et bizarrement les camerounais surtout cette classe moyenne "filigranique" fait semblant de ne pas être concernée. Nous sommes si indifférents dans ce pays. Cela est d’une indignité incroyable. Je profite pour lancer une mobilisation générale pour la paix intégrale au Cameroun. Je vais convoquer une conférence internationale sur le Cameroun dans les jours qui suivent.

AIC : Martial Bissog, nous vous avons entendu dire que vous envisagez de rentrez au Cameroun pour prendre le pouvoir. Qu’est-ce que ça veut dire ?

M.B : ... Vous voulez qu’on laisse la colonie le faire, où qu’on le laisse entre les mains des rachitiques du bulbe incompétents et sans vision ?

AIC : Vous vivez à l’étranger et vous envisagez de gouverner le Cameroun. Nous avons des difficultés à croire que vous êtes le libérateur du Cameroun qu’avait prophétisé Um Nyobe en ces termes : « Il sortira du ventre de l’oiseau, tenant un chasse-mouche » !

M.B : Je ne rentrerai pas par bateau, c’est certain. Et je suis biberonné à la mystique africaine. Je détiens d’ailleurs le chasse-mouche physique et ésotérique de mes ancêtres.

AIC : Martial Bissog, vous êtes journaliste, écrivain, et consultant en sciences po. A considérer que l’opposition vaincra bientôt le régime en place, comment pouvez-vous gagner une élection présidentielle au Cameroun sans parti politique, face à des routiers déjà aguerris comme Cabral Libi, Serges Espoir Matomba, Joshua Osih, Maurice Kamto, et autre Jean-Marc Ngoss qui lui aussi dit être le libérateur qu’avait prophétisé Um Nyobe. Y aura-t-il la guerre des chasse-mouches au Cameroun ?

M.B : Je ne m’étendrai pas sur tous ces valables compatriotes qui se battent pour un idéal. La question est plus profonde, ont ils la stratégie salvatrice ? Sortons des empoignades stériles, notre destin est autrement plus précieux. Le monde de demain sera sans pitié pour les petites nations sans vision supra technologique et scientifique. Nous devons sortir de la villageoisie postcoloniale. Je vous parle du nucléaire, de l’industrie quantique, de la science au service de l’homme, surtout quand elle prend le Visage de l’équité, de la justice, à l’opposé de la médiocrité actuelle, du tribalisme, de la misère…

AIC : Vous êtes un fils d’Afrique Centrale. Quelle analyse faites-vous de la carte géopolitique de cette sous-région aujourd’hui ?

M.B : L’Afrique centrale n’existe pas. Le cœur du bantou est un concentré d’égoïsme et de médiocrité, incapable de créer de l’économie. On nous parle de frontières fermées, mais les véritables frontières sont dans nos têtes.

Martial Bissog, auteur du livre à succès "L’Afrique et son cancer du colon"

AIC : Martial Bissog, vous qui avez découvert « le cancer du colon » de l’Afrique, quel pronostic faites-vous de ce cancer aujourd’hui ?

M.B : Sans surprise, les nations les plus faibles concentrent les mêmes tares. Quand on n’éduque pas un peuple, quand la jeunesse est dans le noir, quand l’intelligence est en panne, on paye chère la facture. On n’a jamais réglé le problème économique et politique par les armes, au contraire on enrichit les marchands d’armes.

AIC : Terminons cet entretien par une note sportive de l’homme éclectique que vous êtes, au regard de la participation chaotique des Lionnes Indomptables du Cameroun à la Coupe du monde féminine de football en France, et des Lions Indomptables à la Coupe d’Afrique des Nations de Football en Egypte.

M.B : Le football, c’est la matérialisation concrète de la science politique sur le terrain. Les équipes africaines sont dépassées et limitées. Ailleurs, on forme ces jeunes dès l’age de 5 ans, et elles ont 18 ans. En face, nos valeureuses sœurs on largement 30 ans, et on y saupoudre tout cela de la débrouillardise, des prières incongrues, du grabuge, Bref ... Les équipes européennes et autres mettent toutes les chances de leur côté pour vaincre, ou, tout au moins, s’en sortir avec honneur.

Interview réalisée par Henri FOTSO

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